La maladie sans nom
« Chaque génération doit, dans une relative opacité, affronter sa mission : la remplir ou la trahir » Frantz Fanon
Nyongo vit paisiblement avec ses parents à Yaoundé jusqu’au jour où un événement brutal vient bouleverser l’équilibre familial. Son père, un comptable aisé, est accusé de détournement de fonds publics. La maison familiale est perquisitionnée, puis occupée par une bande de policiers ivrognes qui se livrent à toutes sortes de dérives, dans une impunité totale. Soucieux de la sécurité de ses enfants, le père organise en urgence leur départ. Nyongo, son frère et sa sœur sont ainsi contraints de quitter le pays et de prendre le chemin de l’exil.
Le titre du livre est profondément représentatif d’une Afrique dirigée par des régimes tyranniques qui exploitent les fractures sociales afin de consolider leur pouvoir. À travers ce récit, l’auteur montre comment le système instrumentalise le tribalisme, les différences religieuses et les clivages régionaux pour s’imposer. Le Cameroun sert ici d’exemple emblématique, mais le propos dépasse largement ses frontières.
Le roman met en lumière les violences policières et politiques, ainsi que le manque criant de professionnalisme de forces de l’ordre souvent corrompues, brutales et parfois alcoolisées. Ces comportements traduisent l’effondrement de l’État de droit et la banalisation de l’arbitraire dans un système autoritaire.
L’auteur souligne également une particularité propre au Cameroun : un pays capable de faire preuve d’une unité et d’une cohésion remarquables derrière son équipe nationale de football, mais qui retombe très rapidement dans les vieux démons du tribalisme et des divisions identitaires une fois le coup de sifflet final donné. Cette unité éphémère révèle à la fois l’espoir d’un vivre-ensemble possible et la fragilité du tissu social.
Enfin, le récit met en avant la dure réalité de l’exil : l’arrachement à la terre natale, le sentiment de déracinement, la nostalgie et le mal-être profond de celui qui est contraint de vivre loin de son pays, de sa culture et de ses repères. L’exil n’apparaît pas comme une libération, mais comme une autre forme de souffrance, plus silencieuse, mais tout aussi violente.
À travers le destin de Nyongo, l’auteur livre un récit à la fois intime et politique, qui interroge la responsabilité des régimes autoritaires dans la fragmentation des sociétés africaines. Ce roman invite le lecteur à regarder en face les conséquences humaines de l’injustice, de l’abus de pouvoir et de l’exil forcé, tout en laissant entrevoir la nécessité urgente d’un sursaut collectif et d’un véritable vivre-ensemble.
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